top of page
  • Photo du rédacteurMione

Écrire vs Raconter - Quelle différence pour un manuscrit ?


Vous avez toujours eu envie d’écrire ? Vous vous êtes lancé dans ce projet, mais vous demeurez perdu vis-à-vis votre texte ? C’est normal.

Je rédige cet article en tant qu’auteure, mais également à titre de lectrice qui a passé en revue des centaines de livres. Il y a une différence notoire entre un livre avec une histoire écrite et un ouvrage avec une histoire racontée. Bien entendu, je ne suis pas experte, je ne m’appelle pas Simon Boulerice ni Stephen King. J’ai encore des bas à manger concernant mon métier, mais ça ne m’empêche pas d’avoir acquis plusieurs connaissances au fil des manuscrits et surtout, à travers de multiples cours de création littéraire.


Je tenais à apporter cette précision, car mon but n’est pas de paraître prétentieuse, au contraire, je considère ce texte comme une manière de faire une introspection sur mon propre travail tout en vous offrant des conseils sur la principale erreur de plusieurs auteurs débutants : pour écrire un livre, il ne nécessite pas seulement de raconter, il faut surtout vivre l’histoire.


Je sais aussi que certains ne verront pas la distinction entre raconter une histoire et écrire une histoire, les deux finissent comme manuscrit, mais ne sont pas tout à fait rédigés de la même manière. Au fil de cet article, d’autres pourront également trouver que les termes sont mélangés et que je devrais présenter l’inverse. Pour moi, c’est de cette manière qu’il fallait que ce soit expliqué, l’important reste de comprendre le concept.


Alors, quelle est la différence entre raconter une histoire et écrire une histoire ?


Tout.


Les émotions ne sont pas pareilles, le fil conducteur non plus, et vos personnages risquent de manquer de profondeur. Ma directrice littéraire m’a rattrapé plusieurs fois sur mes textes en m’enseignant qu’on doit dire et non pas montrer.


Voici deux exemples :


Je vois ma sœur ramasser une pomme sur la table. Je la vois ensuite croquer dans le fruit, avant de le sentir atterrir sur ma tête.


Ma sœur ramasse une pomme sur la table. Elle croque dans le fruit, avant de me le lancer sur la tête.


Quelle est la principale différence ? Un raconte (dit) l’action, alors que l’autre vit (montre) l’action.


Ainsi, le premier exemple relate les événements. Il demeure très probable que vous ayez senti un détachement vis-à-vis la scène, comme si vous ne participiez pas, comme si on vous contait un souvenir qui ne vous intéresse pas plus que ça. Ce manque de profondeur arrive souvent chez les débutants, car c’est ce qu’on vous enseigne à l’école. Le nombre de mots est limité, il faut se rendre à l’essentiel et la dissertation prend la place sur la narration. Dans un manuscrit, surtout dans la fiction, c'est préférable d’aller dans l’inverse. Un conseil que plusieurs auteurs vous donneront, si vous avez envie d’écrire… eh bien c’est d’écrire. Ils ne vous recommandent pas de raconter.


Un autre élément qui différencie les deux notions, c’est que, lorsqu’on raconte une histoire, on se perd dans le fil narratif, on en oublie des détails, on divague du point principal. Pensez à une soirée barbecue où vous contiez à un ami ce que votre collègue a fait la semaine dernière au bureau. Vous avez probablement éviter certains éléments pour ne pas alourdir votre interlocuteur, afin d’aller au vif du sujet. Vous ne voulez pas qu’il s’ennuie ! Mais, arrivé au bout de la conversation, celui-ci vous pose des questions et vous devez ajouter lesdits détails, car il est perdu, il n’a pas vécu la scène, donc il ne peut pas ressentir les émotions que vous, vous avez senties. Il sera finalement désintéressé, même s’il a passé un agréable moment avec vous.


On ne devient pas auteur du jour au lendemain. Tout le monde, dans sa carrière, a raconté une histoire dans un manuscrit, avant d’apprendre à écrire une histoire.


Car raconter, c’est facile, tout le monde peut le faire. Écrire une histoire, ce n’est pas la même chose. Ça nécessite de l’introspection sur son ouvrage, ça mérite un retravaille du texte et il faut accepter la critique de gens qui souhaitent vous aider à examiner sous toutes les coutures votre récit.


Écrire une histoire, c’est approfondir les émotions de ses personnages, vivre l’action dans le moment présent, se garnir de détails comme si on le voyait de nos propres yeux.


Plus haut, j’ai utilisé la première personne du singulier dans mon exemple, ainsi que le présent. Mais la troisième personne et le passé simple peuvent permettre la même chose :


Sa sœur ramassa la pomme sur la table. Elle croqua dans le fruit, avant de la lui lancer sur la tête.


La scène reste identique à celle présentée plus tôt, mais, bien qu’elle relate un événement du passé, vous avez vécu la séquence, comme un souvenir enfoui dans votre esprit. Voici un autre exemple :


Il se tut, incapable de la regarder plus longtemps. Elle n’était pas dupe, elle savait très bien que cette émotion, qui vibrait dans son abdomen, était bien plus que de la camaraderie. David se rapprocha. Un pas. Puis deux. Finalement, trois. Ses lèvres se trouvèrent désormais à quelques centimètres de celles de la jeune femme. Un dernier mouvement et leur amitié disparaîtraient, remplacés par un vif sentiment d’amour. Il doutait. D’un geste brusque, épuisée de cette attente, elle posa sa bouche sur la sienne. Ils s’embrassèrent et une explosion de plaisir se mélangea à leur salive.


Le passage étant plus long, c’est peut-être plus facile pour vous d’observer à quel point on peut aller en profondeur dans une scène tout en demeurant à la troisième personne et au passé. On voit un personnage qui hésite, qui se rapproche de son amie, puis celle-ci qui dépose ses lèvres sur celles du garçon. Vous avez lu l’intrigue, mais vous l’avez aussi très probablement ressentie (si ce n’est pas le cas, n’écoutez pas mes conseils).


Quand on écrit un roman, on ne fait pas que dire ce qui doit être dit, on montre ce qui doit être raconté. On transporte le lecteur dans notre tête, dans notre imagination. En tournant les pages, il doit expérimenter ce que vous, vous avez éprouvé. Si, en lisant, il vous imagine en train d’écrire, au lieu de vivre l’histoire de vos personnages, c’est mauvais signe. Vous pourriez avoir une sublime plume que ça ne changerait pas ce sentiment.


Écrire un livre, c’est bien plus qu’aligner des mots. C’est d'être capable de composer des phrases qui contiennent un récit entre les lignes. De mettre des mots invisibles, qui n’existent pas, mais qui se visualisent.


Mais, comment fait-on ça, écrire au lieu de raconter ?


J’ai donné plusieurs exemples plus hauts, ainsi que des indications, mais c’est bien plus profond que ça. Pour savoir écrire, il faut… écrire. Si au début, vous racontez une histoire, ce n’est pas la fin du monde. On ne naît pas en sachant tout. Vous avez appris à tracer des lettres à l’école, à former des mots, puis des phrases, à expliquer les choses, argumenter, décrire dans un texte de 500, 750 mots. Mais peu ont pu aller en profondeur.


Voici plusieurs astuces pour approfondir votre plume :


1. Écrivez. Ça peut paraître stupide, mais non. Vous avez envie d’écrire quatre paragraphes sur une pomme ? Allez-y. Mettez du détail, vous couperez le superflu après. Il vaut mieux aller en détail et en profondeur, puis enlever, que devoir en rajouter par la suite. Bien entendu, ça fait mal parfois, mais c’est un mal nécessaire.


2. Choisissez vos verbes. Éviter « avoir », « être », « dire » (j’y reviens au point 3) et « faire ». Le dictionnaire regorge de verbes qui peuvent décrire précisément une action. Au lieu de « faire la vaisselle », on peut « laver la vaisselle ». À la place d’aller « faire du ski » on peut aller « skier ». Je pourrais vous donner de très nombreux exemples. Pour être, vous pouvez le remplacer selon le contexte avec : exister ou devenir. Dans d’autres situations vous pouvez aussi utiliser : sembler, paraître, demeurer ou rester.


3. Varier vos verbes de parole. Vos personnages se parlent et vous insérez une incise, mais votre texte regorge de « dit-elle » et « dit-il ». De très nombreux verbes peuvent préciser l’état d’esprit de votre personnage ou son action. Répondre, s’exclamer, s’esclaffer, rire, répliquer, raconter, grogner, hurler, crier, s’exaspérer, confirmer, confier, gronder, vociférer, ricaner, jubiler, avertir, bougonner, souffler, louanger, menacer, maudire, maugréer, radoter, réclamer et ainsi de suite. Je pourrais vous en donner des dizaines et des dizaines. Cette variation offre une profondeur dans l’état d’esprit de vos personnages et permet d’être implicite dans votre texte. Ainsi, la phrase suivante :


— Va chier ! hurle-t-elle.


paraît assez implicite dans son émotion pour ne pas devoir écrire dessous : « Je vois qu’elle est fâchée ». Non seulement, le personnage raconte, mais en plus, on le sait par le fait qu’elle vient d’envoyer chier un autre personnage et que le « hurle-t-elle » nous a fait entendre sa gracieuse phrase.


4. Créer des fiches de personnages avant d’écrire reste également un très bon moyen d’approfondir votre récit. Plus vous mettez de détails, plus vous aurez l’impression de connaître votre personnage. Et si vous, vous le connaissez, votre lecteur apprendra plus facilement à le connaître.


5. Composer un plan. Bien entendu, ce n’est pas pour tout le monde et, si vous préférez l’équipe sans plan, c’est correct aussi. Néanmoins, pour commencer, avoir une structure dressant une ligne directrice claire dans votre esprit, va vous empêcher de divaguer de la même manière qu’on le fait lorsqu’on raconte une histoire. Suivez votre fil conducteur et ajoutez-y du détail et de la viande. Au pire, vous couperez le gras plus tard, comme précisé dans l’astuce #1.


6. Lisez. Ça aussi c’est important, même primordial. Lire permet d’enrichir son vocabulaire tout en vous permettant de voir ce qui est fait par d’autres. Que ce soit un livre autopublié ou publié en maison d’édition traditionnelle, apprenez des écrits qui se dressent entre vos mains. Observez les constructions grammaticales, la fonction syntaxique de vos groupes de mots, comment parlent les personnages, comment ils réfléchissent, comment ils agissent. Même si vous n’êtes pas calés en français, cela ne vous empêche pas d’apprendre en lisant. Et si vous ne voyez pas les fonctions syntaxiques, ce n’est pas grave, tant que vous gardez en tête que votre texte pourra et sera retravaillé. Personne n’est parfait et même les auteurs qui ont publié 30 romans passent par l’étape du retravaille, de la révision et de la correction.


7. Faites d’Antidote votre meilleur ami. Bien que son prix paraisse élevé aux premiers abords, Antidote est un logiciel de correction qui devient le meilleur ami des écrivains. Ses fonctionnalités permettent de regarder avec précisions ses lacunes et de les travailler. Bon, il arrive qu’Antidote crée des fautes ou ne voie pas certaines choses, ça reste un programme, il n’est pas infaillible. Je vous conseille fortement de mettre votre niveau de français au plus bas, même si vous êtes excellent, car l’application va relever beaucoup plus d’éléments qui vous auront peut-être échappé après avoir lu votre texte des dizaines de fois. Antidote vous permet de réviser vos tournures de phrases, vos répétitions, de visualiser les ambiguïtés, les anglicismes, la ponctuation, bref ! Sans compter ses dictionnaires qui sont non seulement très utiles, mais essentiels lorsqu’il faut écrire un roman.


Beaucoup chérissent le rêve d’écrire un livre, de partager une parcelle de leur histoire avec un lectorat. J’ai pour mon dire que tout le monde peut le faire avec de la volonté et du travail. Écrire, c’est un muscle. Certains ont un talent brut, mais c’est rare. Je vous dirais que même ces personnes ont dû apprendre les bases et retravailler leurs histoires.


Parce que même ces gens-là ont déjà raconté l’histoire de leur collègue lors d’un barbecue.


L’important demeure de comprendre les nuances et d’éviter d’être trop pressé. Ça ne vous sert à rien de composer un manuscrit en un mois et l’autopublier sans passer par les étapes du retravaillé et de l’introspection sur votre texte. Apprenez à façonner votre plume, vous en serez gagnant à la fin.


En espérant que cet article puisse vous aider !

50 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Comentarios


Bannière_Mione.png
bottom of page