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Anna, salle d'attente d'Emmanuelle Cornu

Anna, salle d’attente d’Emmanuelle Cornu

Anna a vingt-sept ans et n’a pas rencontré le grand amour. Elle saute quelques étapes dans son existence de jeune lesbienne et décide d’entrer dans la course à la maternité. Michaëlle, une globetrotteuse volage, vient bouleverser ses plans. C’est le coup de foudre. Anna tombe de haut et se voit confrontée à une décision douloureuse : nourrir son affection pour Michaëlle ou poursuivre son rêve parental. Dans le doute, Anna préfère une troisième option : elle abandonne les inséminations, opte pour l’adoption, puis s’acharne à transformer son amante en épouse fidèle. Les rêves d’Anna volent en éclats. De crise en crise, Anna tente de sortir de son marasme, mais s’enfonce dans la dépression. Anna troque une salle d’attente pour une autre.


Je suis tombée sur ce roman par hasard et pourtant, il m’a attiré pour une raison que j’ignore. Je cherchais des romans ayant comme thème en fond la communauté LGBTQ+. Je ne pensais pas tomber sur un récit aussi psychologique que Anna, salle d’attente, parlant d’une lesbienne en quête de maternité. J’ai été hypnotisée par le résumé, je voulais savoir, comprendre, découvrir. J’ai eu tout ça et plus encore.


L’auteure, Emmanuelle Cornu, était encore dans l’anonymat avant la sortie de ce livre chez Druide en 2016. Normalement enseignante en maternelle depuis plusieurs années, elle s’est décidée à revêtir le titre d’auteure en 2012 en publiant son recueil de nouvelles « Jésus, Cassandre et les demoiselles ». Ce recueil l’a rendu finaliste pour le Grand Prix littéraire Archambault 2013. Elle a continué d’écrire avec « Anna, salle d’attente », quatre ans plus tard, mais à ce jour, aucune autre œuvre n’a été publiée.


Ce qu’il faut savoir de ce récit, c’est que c’est une lecture très spéciale. Je ne m’attendais pas du tout à ça et je l’avoue, ça m’a dérouté. Je n’étais clairement pas prête à faire un saut dans ce genre de texte. Vous êtes-vous déjà demandé à quoi ressemblerait la tête d’une personne ? Lisez ce livre, vous comprendrez.


On sait qu’on est dans la tête de Anna, mais le livre n’a pas de dialogue, quand les personnages parlent, c’est incorporé dans le texte. Alors on se perd entre le « on », « je », « tu », « elle ». C’est étrange et il faut être très attentif, parce que tu peux finir par être mélangé assez rapidement. Également, les fins de chapitres se terminent avec un mot non complété. Je sais ce que vous êtes en train de vous dire, vous avez un point d’interrogation dans le front. En fait, je donne un exemple.


Au lieu de finir le chapitre par « Ainsi soit-il », ça termine avec « Ainsi soit – » ou encore, « Peu importe, elles se savourent l’une l’autre et – »


Vous comprenez ce que je veux dire ? En fait, ça m’a pris deux chapitres avant de comprendre que c’était parce qu’on se trouvait dans la tête du personnage principal et que ses pensées disparaissent ou sont coupés de court. En fait, ses pensées viennent et partent sans cesse. Ce n’est même pas de la réflexion, c’est vraiment tout ce qui passe par la tête est là dans le texte, à la limite de l’écriture automatique avec une histoire.

Je sais que cette forme de plume peut vraiment être dérangeante pour certains et je sais que ce n’est pas tout le monde qui veut lire ce genre de texte, mais en vrai, lorsque je m’y suis habituée, j’ai été surprise de voir la complexité de l’œuvre dans son entièreté et d’aller chercher la vulnérabilité du personnage.


Anna est lesbienne et célibataire. D’accord. Mais elle veut un enfant. Elle veut mettre un pied dans la maternité et se trouve assez adulte et stable, indépendante et fière pour le faire toute seule. Elle s’engage donc dans l’insémination artificielle qui est difficile autant physiquement, que moralement, que monétairement. Elle est prise dans ses rêves, dans ses désirs, mais aussi dans sa frustration. Elle veut, mais elle a de la difficulté à atteindre. C’est la première fois que je lis un texte de ce genre. Les récits sur les lesbiennes sont déjà très peu communs, imaginés encore plus lorsqu’est intégré le principe de la maternité, pas seulement avec l’homosexualité, mais aussi en tant que femme célibataire. C’est déjoué tous les préjugés, les principes, les règles, que faire ? Pourquoi ? Anna, êtes-vous folle ? Certains personnages l’ont pensé, certains lecteurs ont probablement sourcillé. Mais non. C’est une femme indépendante. L’élément déclencheur de l’histoire n’est pas tant les obstacles que va rencontrer Anna qui patiente en attendant que son rêve se réalise au lieu de foncer comme elle le devrait, prendre sa place, non, l’élément a un nom et c’est Michaëlle.


Lorsque la jeune femme apparaît dans la vie d’Anna, celle-ci est prise entre son désir de devenir mère et de découvrir la vie auprès d’une femme extravertie qui veut explorer le monde et découvrir toutes les parcelles de ce qui l’entoure. Que faire ? C’est ce que se demande sans cesse Anna.


On la voit profité de Michaëlle quand elle est présente et aller vers un enfant quand elle est absente, une relation toxique à yoyo pour la jeune femme de vingt-sept ans qui ne sait pas trop où donner de la tête, ce qui en vient à un conflit interne qui est représenté par des phrases courtes, douloureuses, puissantes. J’aurais aimé en apprendre un peu plus sur l’amante qui dérègle les plans du personnage principal. Même si on est dans la tête d’Anna, j’aurais vraiment aimé quelque chose de plus envers Michaëlle qui l’aurait rendue peut-être plaisante. Car je l’avoue, je n’ai pas aimé ce personnage. Je la trouvais désagréable et égoïste. Et certains pourraient dire que c’est le contraire, car Michaëlle est elle-même confrontée à un dilemme : la vie volage ou une femme qu’elle aime qui veut un enfant.

Anna essaie de convaincre celle qu’elle aime d’avoir une vie de famille, mais les sentiers qu’ont les deux femmes de leur vie sont très différents.


C’est une confrontation entre un rêve et une réalité que va subir Anna. La vie va lui faire un message, est-ce qu’elle va l’écouter ? Que décidera-t-elle ? Est-elle prête ? Que veut-elle ? Qui est-elle ? C’est beaucoup de question et pourtant… Il faudra lire la fin pour bien comprendre ses choix.


C'est un roman qui parle d'homosexualité, d'amour, de vie, de famille, qui n'est pas commun de voir passer. Ce n'est pas destiné aux adolescents ou aux fans de romance. C'est très psychologique (même s'il y a un peu de romance !). Je trouve ça différent et honnêtement ? C'est ce qui rend le tout grandiose.


C’est une courte critique, mais le livre est assez court aussi et je ne voulais pas trop vous en dire. C’est un livre vraiment spécial et hors du commun à lire, je dirais même unique en son genre. Si vous voulez tenter l’expérience, je vous conseille. Dans le cas où vous seriez peut-être plus lecture de détente dans la piscine, j’irai avec autre chose.


C’est malgré tout, à mon avis, un très bon livre pour le genre, mais peut-être un peu trop compliqué à lire à mon goût. C'est pour cette raison que j'ai mis la note suivante.


Note finale :




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